Saint-Martin d'Ainay
Vers 1803-1805
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Ce petit panneau de bois signé de l’artiste lyonnais Michel Grobon et daté 1803 ou 1805 est l’une des rares représentations de la façade de l’église Saint-Martin d’Ainay au lendemain de la Révolution. L’église y apparaît en effet dans son état avant les restaurations voulues par l’architecte Jean Pollet (1795-1839) dans un style néo-roman. Sur le parvis de l’église s’avancent les fidèles venus assister à la messe, tandis qu’un couple accompagné par son chien et deux femmes élégamment vêtues flânent sur la place. Représenté en contre-plongée, le clocher-porche s’élève magistralement dans un effet de soleil couchant sublimant son décor de briques rouges, les gargouilles et la pyramide qui la coiffe.
Située à la confluence du Rhône et de la Saône, l’abbaye Saint-Martin d’Ainay apparaît pour la première fois dans les archives en 859. Le clocher-porche et la chapelle Sainte-Blandine sont reconstruits au 11e siècle et l’abbatiale au 12e siècle. Devenue l’une des abbayes les plus puissantes de Lyon et du Royaume elle décline progressivement à partir du 14e siècle. Elle partiellement détruite en 1562 par le baron des Adrets lors du Sac de Lyon et perd son statut d’abbaye pour devenir une simple église collégiale en 1685. En 1789, ses remparts sont abattus, les maisons des chanoines vendues, et l’église transformée en grenier à fourrage la préservant des destructions de la Révolution. Elle rouvre aux fidèles de la paroisse en 1802, période à laquelle Grobon peint ce petit tableau. L’édifice nécessitant des travaux, c’est l’architecte Pollet, intervenu peu de temps avant à Saint-Nizier qui est désigné pour conduire les restaurations en 1829-1830. Son projet vise à rendre l’esprit "pur roman" de l’église transformée au cours des siècles et à l’agrandir pour accueillir les fidèles toujours plus nombreux. Il construit pour cela deux nouvelles chapelles latérales qu’il décore de chapiteaux et de colonnettes remployées de Saint-Pierre-le-Vieux et de l‘abbaye de l’Ile-Barbe. Pour finir, il remplace les deux bâtiments annexes entourant le clocher de deux porches latéraux surmontés de créneaux, vivement critiqués par Prosper Mérimée, qui classera néamnoins en 1840 l’église aux Monuments historiques.
Critiqué par les uns, salué par les autres pour avoir entrepris de "régénérer la basilique", le travail de Pollet témoigne du goût pour le Moyen Age retrouvé dans l’art et l’architecture au début du 19e siècle. Comme les peintres Pierre Révoil et Fleury Richard, Michel Grobon s’inscrit dans cette lignée d’artistes lyonnais qui trouvent à Ainay, l’Ile-Barbe, et dans les nombreuses églises ruinées de la ville, l’inspiration d’un art nouveau : le style troubadour.
Fiche technique
Signature du peinte et date en bas à droite
Huile sur panneau de bois
Hauteur sans cadre : 25 cm
Largeur sans cadre : 28 cm
Hauteur avec cadre : 36 m
Largeur avec cadre : 39 cm
Gadagne, musée d’histoire de Lyon, inv. 006.4.1, don Gaillard