Métier équipé d'une mécanique Jacquard

Métier équipé d'une mécanique Jacquard, N° Inv. 009.1

 

Ce métier à tisser inventé à Lyon au début du 19e siècle a révolutionné la fabrication d’étoffes de soie, en automatisant une partie du travail réalisé par le tisseur.
Le métier à tisser à mécanique Jacquard, dit métier Jacquard, tient son nom de l’inventeur lyonnais Joseph-Marie Jacquard (1752-1834) qui l’a mis au point en 1801.

Il comprend deux parties : le métier à tisser à bras, qui sert à produire les tissus comportant un décor (dits façonnés), et la mécanique Jacquard qui le surmonte. En parler lyonnais, on surnomme cette machine « bistanclaque », onomatopée rappelant les sons qu’elle émet dans l’action.

La mécanique est semi-automatique. Elle commande l’ensemble des fils - via 600 à 800 crochets - et les sélectionne à l’aide d’un programme inscrit sur les cartes perforées, pour créer des motifs variés et compliqués. Son principal atout est d’être manipulable par un seul homme et non plusieurs, comme sur un métier traditionnel.

Il se distingue par sa hauteur : le coffre dans lequel se loge la mécanique mesure 4m de haut. En conséquence, on construit à partir de 1830 à la Croix-Rousse des immeubles  aux plafonds hauts et aux grandes fenêtres, pour que la lumière éclaire l’ensemble du métier.

En dépit d’une première réticence des ouvriers qui voient en lui une cause possible de chômage, on réalise vite les progrès apportés par le métier Jacquard : il facilite le travail et améliore la qualité de la production. En 1834, 2 885 métiers fonctionnent sur les pentes de la Croix-Rousse ; à la fin du 19e siècle, on en trouve près de 20 000 !

La mécanique Jacquard ne constitue pas une invention à proprement parler mais plutôt l’habile combinaison de trois techniques : celle du métier à tisser de Vaucanson (1709-1782), automatisé par système hydraulique et commandé par des cylindres analogues (1748) ; celle du système de cartes perforées de Jean-Baptiste Falcon, formées d’une chaîne infinie de cartons qui permet la commande ininterrompue des machines textiles (1728) ; et celle des aiguilles de Basile Bouchon, adaptation du mécanisme d’horlogerie au domaine du tissage, qui effectue la lecture du ruban perforé (1725).

 

Au cours du 19e siècle, la population de la colline de la Croix-Rousse est décuplée et le quartier s’urbanise fortement. C’est aussi l’époque où la fabrique de soie croix-roussienne se spécialise dans les tissus façonnés (à motif), alors que l’arrière-pays réalise les soies moins fines. Mais le métier connaît aussi un succès international… et certains sont encore utilisés de nos jours, pour réaliser des motifs complexes comme le brocart* ou le damas* par exemple !

Le métier Jacquard nous renseigne sur un moment important de la fabrique de soierie lyonnaise : son introduction marque les prémisses de la révolution industrielle dans le domaine du textile, qui modifie profondément l’économie de la soie à Lyon.

La Fabrique* évolue d’un fonctionnement préindustriel éclaté vers un système industriel centralisé. Mais il est aussi symbolique à plusieurs titres de l’identité de la commune de la Croix-Rousse au 19e siècle, qui vit alors presque exclusivement de l’activité de la soie : 

  • Identité architecturale, conséquence de la nécessité de construire des ateliers-logements hauts de plafonds et très ouverts à la lumière
  • Identité sociale forte, construite lors des révoltes de canuts puis confirmée avec la création par ces derniers d’associations de secours mutuel : premières expériences françaises du mutualisme ! 
  • Identité politique, comme en témoigne le journal ouvrier l’Écho de la Fabrique, apparu dans le terreau ouvrier croix-roussien en 1831.

 

Une identité qui s’est bien évidemment transformée mais qui perdure dans la fierté de certains croix-roussiens… On dit aussi que le métier Jacquard, à travers sa première forme d’utilisation de cartes perforées, est l’ancêtre de l’ordinateur : il aurait inspiré le mathématicien britannique Charles Babbage (1791-1871), créateur d’un ordinateur mécanique appelé “machine à différences”…

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