Quartiers et rues de Lyon

La Croix-Rousse, haut lieu de l’industrie de la soie et des insurrections ouvrières

 

La Croix-Rousse est une colline qui domine la presqu’île. Elle culmine à 254 mètres dans le 4e arrondissement de Lyon.

Elle se situe à la fin du plateau de la Dombes qui domine le Rhône et la Saône par une pente ou côtière, assez raide et où trône le Gros Caillou, son symbole. Ce gros rocher provient de la Vanoise et témoigne de l’extension des glaciers des Alpes durant l’âge glaciaire de la période du Quaternaire.

Sa découverte remonte à 1862 lors du percement de la ficelle, funiculaire reliant la presqu’île à la Croix-Rousse. Les travaux du tunnel ont dû être interrompus car les ouvriers étaient bloqués par une roche extrêmement dure qu’ils ne parvenaient pas à briser. La roche a donc été dégagée et extraite de son substrat.

Finalement exhumé, le Gros Caillou est devenu à la fois le symbole de la force et de la persévérance des Lyonnais face aux obstacles.

 

 

 

La Croix-Rousse comprend donc des pentes et un plateau. Ancienne commune du département du Rhône, ce quartier est profondément marqué par son passé de haut-lieu de l’industrie de la soie et par la révolte des Canuts, insurrection ouvrière qui inspirera les grands mouvements de pensée sociale du XIXe siècle.

Ce nom lui a été donné par une croix en pierre dorée de Couzon plantée au carrefour actuel de la montée de la Boucle et de la rue Coste en 1560 par le cardinal François de Tournon qui marquait l’entrée de la paroisse du côté nord. Cette croix était visible de loin. Détruite par les Protestants en 1562, cette croix est remplacée en 1600 mais placée près des remparts, rue Audran. La Révolution la met à bas. Lors de sa visite de Lyon en 1805, Napoléon 1er en fait rétablir une nouvelle en pierre grise qui sera démolie avec l’extension de la ville et la destruction des remparts en 1861. Finalement, en 1994, une réplique a été érigée place Joannès Ambre.

La colline de la Croix-Rousse est entrée dans l’histoire nationale comme étant la colline laborieuse, celle de la révolte des canuts. Elle incarne la lutte du peuple contre les inégalités sociales.

La rue du Chariot d’Or : de la Grande-Rue de la Croix-Rousse à la Petite-Rue des Gloriettes

Inv. 004.12.237 Lyon, alimentation Jacquard et rue du Chariot d’or

 

La rue du Chariot d’Or débute Grande Rue de la Croix-Rousse, presque en face de la rue Calas, et part en direction de l’est. Elle se termine rue Thévenet.

Autrefois, on n’entrait pas à Lyon comme aujourd’hui par le faubourg de Bresse. Cette facilité relativement récente ne remonte qu’à 1769. Les remparts de la ville par l’éperon Saint-Clair allaient se perdre dans le Rhône. Ceux qui venaient de la Bresse devaient donc arriver à Lyon par le plateau de la Croix-Rousse.

La grande rue de ce faubourg était très fréquentée et offrait aux arrivants de nombreuses auberges. Une auberge à l’enseigne du Chariot-d’Or existait alors, sinon dans la Grande-Rue tout au moins dans son voisinage ; le souvenir en est resté.

 

 

 

 

Le nom donné à la rue tient d’une légende qui raconte que lorsqu’on perça la rue, M. Pailleron trouva dans les terrains un trésor si abondant qu’il fallut un chariot pour l’emporter.

En 1824, sur l’ancienne propriété de l’Auberge du Chariot d’Or, le lotisseur Perrin prolonge la rue du Mail et ouvre trois autres rues : la rue Henri IV (dont l’appellation a changé au cours du 19e siècle), la rue du Chariot d’Or et la rue de la Visitation.

À la demande de la municipalité, Perrin cède une parcelle pour la création de la place de la Visitation (les Visitandines s’étant réinstallées dans le quartier après la Révolution).

De la rue de Trion à la rue des Chevaucheurs

Montée des Anges (5e arrondissement) N° Inv N 402.1


Ce dessin sur carton reprend un extrait du plan scénographique (1545-1553) axé plus précisément sur la montée des Anges.

Cette appellation est ancienne, car elle existe déjà en 1746, dans l’atlas des pennonages, et cependant l’on n’en connaît pas la raison. Au sens historique, le mot « pennonage » désignait une unité de milice urbaine formée des habitants d’un quartier de la ville et placée sous l’autorité de plusieurs officiers et bas-officiers. L’atlas des pennonages est un plan géométral et proportionnel de la ville de Lyon où sont désignés ses 28 quartiers ou pennonages.

Autrefois, disait-on, on voyait dans des niches, sur la façade de trois maisons de cette rue, des anges qui de la main semblaient indiquer le chemin de l’église de Saint-Irénée.

 

 

Cette rue s’est appelée un temps Nicolas de Langes, du nom de ce savant lettré de la Renaissance, conseiller du roi. Ce magistrat, premier président du parlement de Dombes et lieutenant-général de la sénéchaussée de Lyon tenait dans ce quartier une sorte d’académie. Il réunissait dans sa maison, dite maison de l’Angélique, un grand nombre d’hommes de lettres. Il était également propriétaire de terrains dans le quartier, notamment d’un tribunal et d’une prison qui se trouvaient place Saint-Irénée à l’angle de la rue des Chevaucheurs. Une auberge a eu aussi un ange comme enseigne mais la maison des Anges de 1342 remonte plus loin dans le temps.

Une autre explication du nom donné à cette voie : ce serait une allusion un peu populaire à la raideur de cette montée comparée à celle du Paradis, d’où montée des Anges. En effet, seul le piéton intrépide peut entreprendre de gravir les 555 marches d’escalier de cette montée qui n’a d’angélique que le nom, dont il faut rappeler la désignation qu’on lui donna plus trivialement jusqu’au 17e siècle : « montée de Gratte-cul »…

Montée du Gourguillon, de la place de la Trinité à la rue des Farges

 

Cette voie publique très ancienne de la colline de Fourvière dans le 5e arrondissement de Lyon a porté autrefois le nom de montée de Beauregard.

Le mot « Gourguillon » serait une onomatopée (comme le « gurges » des Latins, qui évoque un tourbillon d’eau impétueux, ou notre gargouille). Ce nom convient parfaitement à la rue qu’il désigne dont la pente et le peu de largeur font que les eaux pluviales s’y engouffrent.

Une tradition recueillie par quelques auteurs fait venir le nom de cette rue de « gurges sanguinis » par allusion au sang des martyrs, ce groupe de chrétiens persécutés en 177, qui aurait coulé du haut de la colline jusqu’à la Saône. C’est probablement en souvenir de cette fable que, en 1790, le 5e bataillon de la garde nationale, recruté dans ce quartier, portait, sur son drapeau, la devise suivante : « Dat sanguine palmas » (le sang des martyrs fait naître des palmes).

Le 14 novembre 1305, Clément V fut couronnée pape à Lyon. Après la cérémonie, le cortège montait la pente du Gourguillon, Philippe le Bel, roi de France, conduisait par la bride la monture du pape. Brusquement, un vieux mur, vestige d’un fort, surchargé de curieux s’écroula. Le duc de Bretagne et Gaillard de Got – frère du pape - furent écrasés. Le pontife fut renversé et sa tiare roula à terre. Douze personnes périrent. Quant au roi, il n’échappa que par miracle.

La montée du Gourguillon est longue de 400 m pour un dénivelé de 53 m. Ce qui représente une pente de 13,25 environ. La rue est entièrement pavée. Son origine est un cheminement naturel qui est aménagé durant la période gallo-romaine pour monter sur la colline de Fourvière du côté de Saint-Just depuis le vieux Lyon.

C’est aussi au Gourguillon que se trouvaient les religieuses du Verbe Incarné dans une grande maison de 27 mètres de façades et qui avait appartenu aux Orlandini, famille florentine.

La montée est une alternance de maisons, de murs de soutènement et de jardins privatifs. L’ascension est également ponctuée tout au début par le théâtre « La maison de Guignol » et, à gauche, impasse Turquet, par deux maisons médiévales qui dateraient du 14e siècle et qui se distinguent par le seul ensemble de galeries anciennes à pans de bois conservé dans le vieux Lyon.

L’Antiquaille

Vue en surplomb de la rue de l’Antiquaille – inv. (9)45.1157

 

Ce dessin à la mine de plomb représente une vue générale de l’hôpital et de la rue de l’Antiquaille. La rue de l’Antiquaille va de la place éponyme (au sommet de la montée Saint-Barthélemy) à la place des Minimes dans le 5e arrondissement de Lyon. Le site de l’Antiquaille se situe sur la colline de Fourvière, à proximité des théâtres gallo-romains.

Le nom d’Antiquaille donné à cette partie du territoire vient de ce que le sol - alors planté de vignes - était couvert de ruines car les premières traces d’occupation datent de la période antique. Cette région recelait de nombreux vestiges de monuments antiques.

Vers 1550, Pierre Sala, humaniste, bourgeois lyonnais, maître d’hôtel du roi Louis XII, écuyer à la cour des rois de France, achète quelques parcelles de terres. Il y fit édifier sur cet emplacement une somptueuse maison qui devint son lieu de villégiature et dans laquelle il groupa toutes les antiquités qu’il avait pu réunir, d’où le nom donné à cette maison : "Anticaille". En 1522, il reçoit dans sa demeure François 1er.

 

 

 

Après la mort de Pierre Sala, la maison passe à la famille Buatier qui étend la propriété. L’ensemble devient un vaste domaine viticole. En 1629, l’Antiquaille fut acquise par Mathieu de Sève, prévôt des marchands de Lyon, au profit des religieuses du couvent des Visitandines établies jusqu’alors dans une maison du Gourguillon. En 1792, à la suite de la Révolution, les religieuses sont contraintes de quitter les lieux. Le domaine est alors vendu comme bien national le 1er juillet 1796.

Au début du XIXe siècle, le couvent est reconverti en hôpital. Le domaine est alors occupé en 1803 par l'hospice de la Quarantaine qui se spécialise ensuite dans les soins des vénériens et des aliénés. En 1807, un projet d’extension est confié à Louis Cécile Flacheron, architecte de la ville. On y a ajouté des cellules autour de la terrasse.

En 2003, l’hôpital ferme ses portes. Sont aménagés sur le site une résidence étudiante, des bureaux, un hôtel 5 étoiles et 78 logements.

La rue de la Bombarde. Du quai de l’Archevêché à la rue Tramassac

La petit Bombarde, 12 Rue de la Bombarde – inv. 1258.4, Tirage photographique de C. Jamot, 1899. Gros plan de l’enseigne représentant une bombarde.

 

Une bombarde était une machine de guerre qui servait à lancer de grosses pierres.

L’actuelle rue de la Bombarde se nommait, pour la partie menant à la Saône, rue de la Porte Frot ou portefoc ou porte Frau, que l’on traduit généralement par Porta fratrum, la "porte des frères". Elle a pour origine la porte de l’ensemble canonial de la cathédrale car la porte du cloître de Saint-Jean ouvrait de ce côté. Cette dénomination est attestée dès 1392. Pendant le Moyen Âge et jusqu’en 1562, la rue de la Bombarde formait la limite nord du cloître Saint-Jean, le long du rempart. Celui-ci était ouvert par la porte Froc qui était également le point final des défilés organisés pour les entrées royales dans Lyon. Passé la porte Froc, les festivités populaires se terminaient et le roi entrait loger à l’archevêché.

L’appellation de rue de la Bombarde est très ancienne. On la trouve déjà sur le plan scénographique de 1550 mais son origine est inconnue. Il est vrai qu’au numéro 10 de cette rue on voit un bas-relief représentant un mortier enflammé ou bombarde, mais cette effigie date de 1772, enseigne d’une auberge. D’autres auteurs ont pensé que le baron des Adrets, lorsqu’il s’empara de la ville, avait établi là une batterie de bombardes. Ce qui ne résout pas la question des origines car la prise de la ville par le baron date de 1562.

 

 

 

Autre essai d’explication : il y eut là un collège ou école appelée Bombarde. Ce collège était dirigé par Guillaume Ramèze et dut disparaître peu après la création du collège de la Trinité. Ce fait est constaté par un livre imprimé en 1509 où on peut lire la dédicace suivante : Ex nostro gymnasiolo Bombardano.

Dans une épitre des Voyages de Monsieur de Monconys en Espagne, 1695 (p. 365), ouvrage essentiel pour l'histoire des sciences et des représentations au 17e siècle qui relate les voyages de Balthasar de Monconys effectués à différentes époques partir de Lyon en 1645, il est déjà question de la Bombarde :

« Le bon Seigneur vous contregarde,

Vous qui logez à la Bombarde,

Devant Saint Jean prez du Palais,

Vivez toujours en bonne paix »

Le mystère des origines demeure…
 

Le parc de la Tête d’Or

 

Le parc de la Tête d’Or est un parc urbain, l’un des plus grands de France, géré par la Ville de Lyon. 

Véritable poumon, il offre plus d’une centaine d’hectares, dont un lac de 16 hectares. 3 millions de visiteurs par an, 8 800 arbres, 6 500 m2 de serres, 30 000 rosiers, un tour de 3,9 km parcouru par les joggers sont les quelques chiffres qui caractérisent le parc de la Tête d’or. Ils donnent une idée de son importance et de la diversité de ses usages.

Au 16e siècle, les terres, qui accueilleront 3 siècles plus tard le parc, ne sont alors qu’un vaste terrain vague parsemé de pâturages où déborde régulièrement le Rhône. Ce terrain appartient à la famille Lambert et se nomme déjà « Tête d’Or ». Cette désignation tient son origine d’une légende. On raconte que des barbares ou des croisés y auraient dissimulé un trésor majestueux. Parmi ces richesses, une tête de Christ en or qui ne manque pas d’attiser la convoitise des curieux. Plus tard, la légende évoluera. On dit qu’en creusant le lac, des canuts ont découvert la tête du Christ rapportée par les croisés. Avides de richesse, ils se sont alors battus pour s’emparer du trésor. Émue par ce triste spectacle, la tête du Christ aurait fondu en larmes, remplissant ainsi le lac…

 

 

 

Les responsables politiques du Second Empire avaient compris que les citadins avaient besoin de verdure. Le préfet Marius Vaïsse, l’homme des grands travaux à Lyon et qui était aussi maire de la ville, inaugure le chantier du parc en affirmant qu’il fallait « donner de la nature à ceux qui n’en ont pas » ; une nature qui fut redessinée dans un style romantique à l’anglaise par les frères Denis et Eugène Bühler. Plus de 3 000 ouvriers se relaient pour transformer le parc, monter les digues et creuser le lac.

Dans ses grandes lignes, le parc inauguré le 5 juillet 1857, n’a pas bougé et la plupart des arbres plantés alors sont à présent plus que centenaires. La vedette des fleurs est la rose dont Lyon fut la capitale mondiale. Pas moins de 3 roseraies lui sont consacrées.

Conçue par l’architecte lyonnais Charles Meysson et construite en fer forgé, en bronze et en fonte entre 1901 et 1903, la Porte des Enfants du Rhône est inscrite à l’inventaire des Monuments historiques depuis 1982. Souffrant de corrosion et de déformation, un vaste chantier de restauration a été entrepris pour conserver l’authenticité de l’une des portes les plus monumentales de parcs publics en France.

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