Les fantômes de Saint-Nizier
En écho avec l'exposition Merveilleux Moyen Âge
Par Nicolas Reveyron, historien de l'art, spécialiste du Moyen Âge et professeur à l'Université Lumière Lyon 2
L’église Saint-Nizier de Lyon a été reconstruite aux 15e et 16e siècles sur l’emplacement d’une église funéraire d’époque mérovingienne. Selon une organisation des travaux habituelle au Moyen Âge, cette dernière a été conservée intacte le plus longtemps possible au milieu du chantier pour abriter les cérémonies religieuses pendant les travaux. La vieille église n’a été démolie que progressivement, tandis que la nouvelle s’étendait par étapes successives depuis l’est. Pendant une ou plusieurs décennies, elles ont formé ensemble un édifice hybride composé du sanctuaire neuf et de la nef ancienne, avant que cette dernière ne cède finalement la place à une nef toute neuve.
Cette organisation des travaux est encore lisible dans Saint-Nizier. Elle a laissé dans les maçonneries tardo-médiévales des traces qui hantent toujours l’église actuelle, comme un fantôme monumental prêt à raconter son histoire aux archéologues du bâti. La confrontation des données archéologiques avec des textes du 14e-16e siècles a fait réapparaître toute l’organisation de l’espace ecclésial ancien : la position des tombeaux des évêques du 6e siècle, le lieu de l’autel majeur, les formes d’une crypte d’origine antique, l’organisation du pèlerinage à saint Edmond et l’emplacement de l’autel dédié à Notre-Dame-de-ce-côté-ci-des-Alpes (une mystérieuse figure de la Vierge que saint Pothin, premier évêque de Lyon, aurait apporté de Smyrne au 2e siècle).
Une conférence du cycle sur l’histoire de Lyon, pour les passionnés et les curieux. Un cycle organisé par Gadagne et André Pelletier, professeur émérite de l’université Lyon 2.
Accessibilité