Vue de Lyon depuis Vaise
Hoefnagel, Lugdunum vulgo Lyon, 16e siècle, N° Inv. 329
À votre avis, depuis quel point de vue cette gravure représentant Lyon a été prise ?
Cette vue cavalière représente Lyon depuis l’entrée nord de la ville, sur les hauteurs de Vaise. Elle a été réalisée à la fin du 16e siècle et ce type de représentation est demeurée l’une des plus courantes pour représenter Lyon jusqu’au 18e siècle.
Au Moyen Âge, les villes sont représentées de manière symbolique et Lyon n’échappe pas à la règle. Ce n’est qu’à partir de la Renaissance que certains cartographes cherchent à représenter plus fidèlement la physionomie des villes.
Ces vues générales sont pourtant encore souvent stéréotypées et présentent des "portraits de ville" qui ne vont cesser d’être copiés jusqu’à la fin du 18e siècle.
Au 16e siècle, Lyon est représentée selon trois vues générales qui ont en commun de représenter l’espace urbain dans sa globalité (ou presque) et d’avoir été largement diffusées sous forme d’estampe volante ou à l’intérieur d’ouvrage imprimés.
La première de ces vues, est celle depuis l’est de la ville, dite du plan scénographique de Lyon.
La deuxième est une gravure réalisée par le dessinateur flamand Joris Hoefnagel (1542-1600) pour l’atlas géographique des villes du monde Civitates orbis terrarum réalisé entre 1573 et 1617 par le cartographe Georg Braun et édité par Frans Hogenberg.
L’artiste représente la ville de Lyon vue depuis les hauteurs de Vaise. On y voit la Saône et ses nombreuses embarcations au premier plan, le pont de chaîne limitant l’accès à la ville par la rivière au nord, à droite, le château de Pierre-Scize, demeure de l’Archevêque et la colline de Fourvière surmontée de la chapelle dédiée à Notre-Dame.
Au second plan se dresse la colline de la Croix-Rousse, barrée d’une muraille à l’emplacement de l’actuel boulevard de la Croix-Rousse. Les pentes des collines sont encore peu occupées, la rive droite du Rhône est couverte de champs et prairies, et seule la presqu’île, et la rive droite de la Saône sont densément construites.
L’artiste a cependant exagéré certains détails comme les montagnes au fond, désignées comme celles du Dauphiné, en fait les Alpes, ici bien trop proches de Lyon. La presqu’île est simplifiée en une sorte de pointe et les berges de la Saône paraissent bien trop alignées pour l’époque.
Mais l’artiste n’a pas choisi ce point de vue au hasard. Il s’agit en fait de celui qu’on avait lorsque l’on arrivait par la voie principale entrant dans Lyon depuis le nord.
Un troisième type de vue apparaît à la Renaissance, il s’agit de celle prise depuis la colline de la Croix-Rousse. Le prototype est une gravure de Jacques Ier Androuet du Cerceau, vers 1548, qui sera ensuite reprise par le graveur Jean d’Ogerolles, François de Belleforest et bien d’autres.
Pendant plus de deux siècles et demi, ces trois images sont ce qu’on peut appeler des stéréotypes visuels urbains de Lyon. Celle qui est la plus copiée est la vue depuis la Croix-Rousse, qui sert d’ailleurs de base à la représentation des estampes populaires du siège de Lyon en 1793.